Le problème de la musique suisse. #back2blog

Hier soir, je suis allé voir Troy Von Balthazar au Romandie à Lausanne. Le chanteur était de retour au Romandie, mais cette fois sans Chokebore (dommage d’ailleurs, je crois qu’on aurait préféré). Heureusement qu’il y avait Nick Porsche et sa fanfare en première partie. Le biennois nous a offert un set de 45 minutes, ultra rôdé, entre reggea et stoner. J’exagère à peine. C’était tellement bien que les gens sont resté. Ce qu’ils n’ont pas fait pour le concert de la star.

Cela confirme donc ce que je pense depuis longtemps. La scène musicale suisse n’a rien à envier au reste du monde.

Si nos amis d’Honey For Petzi, pour ne cité qu’eux, était de Brooklyn, le monde entier aurait les yeux rivés sur eux. Malheureusement, les types sont de Lausanne, avec tout ce que cela implique comme difficulté pour exporter sa musique. Certes le groupe a tourné. Certes il jouit d’une noble réputation, mais il n’a de loin pas celle qu’il mérite. C’est le problème de beaucoup d’excellents groupes suisses. C’est rageant, frustrant. On paie des billets de concert, on roule parfois même des kilomètres pour aller voir des groupes à la réputation faite par Pitchfork & consorts et on délaisse – parfois – le groupe du coins qui vient présenter son incroyable nouvel album sur scène. 

Car si l’on veut que les bons groupes suisses s’exportent, il faut commencer par les rendre incontournables sur nos terres. Et quand je dis nos terres, je parle de la Suisse allemande et de la Suisse italienne aussi. Lorsqu’ils auront passé ces frontières linguistique, peut-être alors seront-ils prêts pour aller plus loin. Faut-il encore qu’on leur donne les moyens. C’est malheureusement là que cela se gâte.

Swiss Music Export est la seule structure (à ma connaissance) qui aide les groupes suisses à s’exporter. Sans en savoir plus et sans être aller leur parler, je doute de trop m’avancer en disant qu’ils manquent cruellement de moyen. Je doute aussi malheureusement que les musiques actuelles soient la priorité du département fédéral de la culture, même si on me dit que les « choses » commenceraient à bouger.

Bref, comme je le disait plus haut, c’est rageant, frustrant. La suisse souffre d’un anonymat dans des domaines où pourtant elle excelle. Je fais une comparaison avec les vins suisses. Là aussi nous n’avons rien à envier aux vins français, italiens ou espagnoles. Mais savez-vous que l’exportation de vin suisse représente 1% de part de marché ? Le gros du travail de Swiss Wine, bureau de la promotion des vins suisses, se fait outre-Sarine. Car nos amis alémaniques on de la peine à consommer des vins romands. La preuve, hier, j’étais invité à un apéro à Zurich et sur la table il y avait du blanc sud-africain et du rouge portugais. Je n’ai rien contre ces vins là, mais si on veut aller présenter nos produits au delà de nos frontières, il faut que ceux-ci jouissent d’une identité forte sur le plan national.

Sur ce, je retourne à ma Calanda. Santé !

13 réflexions sur “Le problème de la musique suisse. #back2blog

  1. Merci pour cette intéressante explication. Je suis une militante convaincue des vins suisses (mon mari et moi avions décidés de n’avoir que des vins suisses sur la carte de notre resto et nous demandons toujours à avoir du suisse lorsque nous allons manger au resto) mais je ne me rendais pas compte qu’on pouvait tirer un parallèle avec les groupes suisses aussi… Je partage ton article plus loin!

  2. Article intéressant, merci.
    (Mini faute début 3ème para: « cité »).

    Une petite question, quelle est l’influence de la langue dans cette histoire? Je m’explique: très souvent lorsque l’on me présente un artiste suisse, ou le renouveau de la musique helvétique, je découvre un mec qui chante en anglais avec un nom sonnant aussi anglais, d’ailleurs. Je me dis, peut-être est-il aussi difficile d’exporter, chez le grand-frère, la copie de ce que fait le grand-frère?

    Ne faudrait-il pas davantage assumer nos particularités linguistiques pour exister? Parce que tant qu’à écouter un mec chanter en anglais, je préfère acheter un disque de Tom Waits, ou traverser la Suisse pour aller l’entendre, qu’aller voir mon voisin tenter de s’exprimer dans une langue où il sera forcément moins à l’aise que dans la sienne. A ce niveau, je pense qu’il y a pas mal à apprendre du rap, qui n’est pas nécessairement ma culture de base, mais dont les artistes francophones ont su créer leur propre identité culturelle et dont certains auront sûrement davantage marqué leur époque que ces gens nés dans le Gros de Vaud qui chantent comme s’ils avaient vu le jour à Brooklyn.

    • Cela ne me dérange pas de voir les groupes chanter en anglais. Mais j’aime aussi quand il chante en français ou en allemand.
      L’anglais c’est par facilité. Mais tu soulèves une questions intéressante. Les artistes qui se sont le mieux exportés chantais la plus part en anglais ou dans 2 langues (Young Gods, Sophie Hunger,…) Stephan Eicher lui s’est exporté en chantant en Français, qui n’est pas sa langue.

      Effectivement l’accent anglais est souvent un problème. Certain font beaucoup d’efforts, d’autre pas du tout. Disons que quand la musique est excellente on pardonne certaines erreurs.

      Je pense que les artistes qui on le potentiel d’être exporté ne sont justement pas des copies. D’où l’intérêt et le potentiel.

  3. savais-tu que Calanda appartient à Heineken…?? je pense que tu serais mieux servi avec une Quöllfrisch de chez Appenzeller Bier ou une Boxer… même si ces bières ne sont pas exportés. Et je pense la même chose de la musique…
    Santé quand même!

  4. La problématique de la langue mérite réflexion, dernièrement j’étais juge pour les Swiss Life Talent et dans ma sélection il y avait des groupes qui rappaient en Suisse allemand. Les juges suisses allemands ne comprenaient pas mon choix et disaient que ce n’était pas exportable. Alors qu’à mon avis, la musique de par l’universalité de son langage va bien au-delà. De plus comme le soulignait Raphaël, pourquoi écouter des Suisses qui essaient péniblement de se mettre à l’anglais alors qu’en face on peut écouter des « vrais » anglophones ? Et cette question devient encore plus pertinente pour l’exportation, pourquoi est-ce qu’un Londonien écouterait de la musique suisse en anglais alors qu’il a déjà tout ce qu’il faut chez lui ? À mon avis, la musique suisse ne peut vraiment s’exporter que si elle assume pleinement son identité et apporte vraiment quelque chose de nouveau, les marketeux parleront de différenciation.

    • L’anglais n’est pas une barrière à l’export. Au contraire je pense que ça le facilite. Regarde ce qui se passe avec les groupes Scandinaves ? Crois-tu qu’on écouterait les Efteklang et Mando Diao s’ils chantaient respectivement en Danois ou en Suédois ? Et que dire des groupes français ? Phoenix, Daft Punk…
      Je suis d’accord que l’identité national forte est importante. Et pour moi cette identité c’est au public de la donner par reconnaitre le talent d’un groupe au delà des barrières linguistique de notre pays, qu’importe la langue dans laquelle il chante. Après ça, pas tout doit s’exporter ou être exportable.

  5. oué c’est bien…juste un bémol quand même,il ne faudrait pas croire que tout les groupes non suisses vendent comme des fous et remplissent tous des stades…nous accueillons sur les scènes des clubs suisse chaque semaine de bons et moins bons groupes étrangers qui crèvent autant la dalle que n’importe quel orchestre de par chez nous et qui ne jouent pas a guichet fermé très souvent…il me semble que la majorité des musiciens en chient ,peu importe le passeport,nan?

    • C’est clair que tout le monde crève la dalle, qu’importe le passeport.
      Je pense que cela n’a jamais été aussi dur pour les artistes qu’en ce moment, alors que la musique n’a jamais été aussi présente et importante dans la société.

  6. Je suis complètement d’accord avec toi sur le fait qu’il y a une grande négligence du public suisse pour la production locale.

    Cependant, il ne faut pas fantasmer. La Romandie est une territoire de 2 millions d’habitants. Alors, certes, Honey for Petzi n’a pas le succès qu’il mérite mais il faut remettre les choses en perspective. Pour un groupe de Brooklyn dont Pitchfork parle, il y en a 500 dans le reste de New York qui ont le même talent et qui n’atteindront jamais les lumières médiatiques. Donc certes, injustice il y a, mais elle n’est pas uniquement helvétique ou romande.

    Je crois qu’il faut se contenter d’avoir un groupe/artiste exportable tous les dix ans. On a eu les Young Gods, on a Luciano… et c’est déjà pas mal pour un îlot comme le notre.

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